Tigercub - Nets to Catch the Wind (2026)

Il y a des groupes qu’on range dans une case affective à part. Pas juste “j’aime bien”, mais vraiment dans le cœur, le genre de truc que tu remets sans raison particulière un mardi matin parce que t’as besoin que ça tienne chaud. Tigercub, c’est ça pour moi. Alors quand Nets to Catch the Wind est arrivé le 10 avril, j’avais clairement des attentes. Bref, ils n’ont pas raté.
Le trio de Brighton (Jamie Hall à la voix et aux guitares, Jimi Wheelwright à la basse, James Allix à la batterie) sort ici son quatrième album, toujours sur Loosegroove Records, le label de Stone Gossard (Pearl Jam), et toujours produit par Tom Dalgety. Ce nom-là, t’en as forcément croisé le sillage : il a bossé sur Royal Blood, sur Ghost. Un type qui sait ce que “lourd bien produit” veut dire.
Et c’est exactement ce que tu retrouves ici. Des grosses guitares qui écrasent sans étouffer, une basse qui ancre tout dans le sol, une voix onirique et légèrement grave qui flotte par-dessus la machine comme si elle cherchait une sortie qu’elle ne veut pas vraiment trouver. La production est ultra propre : le genre de disque qui sonne aussi bien dans une voiture que sur un bon casque, et qui dans les deux cas te fout dans une espèce de machine à laver sonore dont tu ressors deux fois moins stressé qu’avant.
Fall In Fall Out, le single sorti en avance, donnait le ton : une urgence contenue, une mise en abyme rythmique très spécifique au groupe, ce truc où tu sens que la chanson tourne sur elle-même mais que chaque tour te révèle quelque chose de différent. A Black Moon monte plus haut, plus large : c’est le titre qui transporte au sens littéral, qui t’emmène quelque part sans te dire où. Et My Paper Heart, c’est du Tigercub pur jus : accrocheur dès la première mesure, construit avec cette économie de moyens qui est leur vraie signature.
Le rapport à The Perfume of Decay (2023) est intéressant. Ce prédécesseur était un disque de nuit, sombre et nocturne, fabriqué dans la claustrophobie assumée des heures où tout le monde dort. Nets to Catch the Wind, c’est le même univers mais à l’aube. Pas une rupture : une continuation dans une autre lumière. Même tension, même densité, mais quelque chose de plus ouvert, de moins confiné. Le groupe eux-mêmes parlent de “l’aube qui suit”. C’est exactement ce que j’entends : adjacent, cohérent, et pourtant autre chose.
Douze titres, 42 minutes, zéro remplissage. C’est court, c’est dense, c’est efficace. Neil Fallon de Clutch fait une apparition sur Cut the Eyes out the Photographs : deux façons de porter une voix massive qui se trouvent sans se marcher dessus.
Si tu connais pas encore Tigercub, commence par The Perfume of Decay pour avoir le contexte, puis enchaîne sur celui-ci. Si tu les connais déjà, tu sais ce que t’as à faire.